Zèbre et multipotentialiste mon parcours hors normes

J’ai cru ne jamais réussir à trouver mon équilibre, ma voie. Multipotentialiste et zèbre aujourd’hui j’ai accepté d’être hors normes et j’ai trouvé une façon de travailler et de vivre qui me correspond.

Jusque là, je remettais tout en question juste au moment où mes efforts auraient enfin pu être récompensés. La spirale infernale était toujours la même : Découverte d’un sujet, fusion totale : plus rien d’autre n’existe, passion absolue :  seul mon sujet a du sens, et d’un seul coup, sans prévenir, au détour d’une phrase, d’une virgule, d’une réflexion anodine, plus rien : l’ennui. Le vide. Je reprennais la main, m’interrogeais, virevoltais, touchait à tout jusqu’à être à nouveau happée dans une obsession éphémère qui se transformait en métier puis en désamour, c’était la loi.

Après un Bac ES pour ne pas choisir entre Science Po et la fac de psy j’opte pour le plus improbable : les Beaux Arts. Découvrir toutes les techniques, le fusain, la peinture à l’huile, l’aquarelle, la magie des couleurs, avoir le droit de changer d’avis tout le temps, de passer des heures dans les musées. Craquer au bout d’un an, réaliser que je n’ai pas du tout le niveau, que finalement je ne me voit pas faire « que » ça.

Chercher un job d’étudiante en attendant de trouver quoi étudier et me retrouver animatrice radio pour Radio France. Sur Fip. Le rêve : je suis dans ma bulle, on m’écoute quand je parle mais je ne vois personne, je lis des tas de choses passionnantes sur le théâtre, le cinéma, les expositions, l’art, je suis invitée aux avant premières. On m’offre un CDI autant dire un poste à vie car Radio France c’est très stable, et je commence à aimer moins ça. Trouver des jobs parallèles pour remplir mon besoin de nouveauté, écrire pour un magazine local sur les concerts et les spectacles, écrire un guide touristique de la ville et de la région mais ça ne suffit pas, je demande une formation en interne pour devenir journaliste.Découvrir les antennes locales, le machisme ambiant, comprendre que ce n’est pas ma vie, partir dans la plus grande incompréhension de tous.

Un accident, opération du nez, rhinoplastie, le déclic. Interviewer des chirurgiens, des patients, me poser des questions éthiques et philosophiques sur la chirurgie esthétique, lire toutes les publications possibles, écrire un livre sur la rhinoplastie. Décrocher des piges dans la presse beauté. Découvrir les chercheurs, leur course à l’éternelle jeunesse, trouver tout ça fascinant. Un matin ouvrir l’oeil et savoir que tout est fini. Etre incapable de terminer ce papier sur les bonnes et les mauvaises raisons de se faire opérer. Commencer à écrire pour mon magazine préféré : Cosmopolitan. Ecrire sur les relations de couple, sur l’amour, sur la vie, créer des tests, des papiers rigolos comme ceux que je lisais ado. Me passionner pour le monde des psy, les livre de développement personnel, rencontrer les plus grands, les mettre en avant, adorer ce métier puis un jour sans l’avoir vu venir, avoir envie d’autre chose.

Découvrir internet, ouvrir un blog pour voir. Y aller chaque jour raconter des histoires. Rencontrer des lecteurs. De plus en plus de lecteurs. Adorer ça. Vouloir tout maîtriser, apprendre le langage CSS pour pouvoir changer le design seule, apprendre le HTML pour ajouter des fonctionnalités. Rêver un instant de devenir développeur. Taper des chiffres et des lettres et faire apparaître des images. Magie. Ecrire des textes et obtenir des milliers de commentaires. Avoir un avis décalé et m’apercevoir que beaucoup le partagent. Un soir les yeux ne brillent plus mais piquent, les idées ne fusent plus, la page restera blanche.

Voir des polaroïds, trouver un vieil appareil et devenir photographe, suivre les fashion-week, vendre mes images à des magazines, être exposée, faire des petites photos carrées chaque jour, chaque minute, chaque seconde, ne parler que de ça, ne lire que sur les techniques, les artistes, ne regarder qu’à travers ma collection d’appareils, réussir la prouesse d’en vivre, et ce soir là, en feuilletant un magazine, dans un battement de cil ne plus ressentir aucun frisson. Aller à reculons aux shootings, faire échouer les opportunités, ne plus avoir d’envie du tout. Vouloir disparaître. Prendre un avion Le faire.

Dessiner une robe, ouvrir un livre technique, retravailler le dessin, me fasciner pour le tomber qui varie en fonction des plis au millimètre près. Dessiner du matin au soir, remplir des centaines de carnets, lire, rencontrer des créateurs, absorber des informations techniques jusqu’à plus soif. Voyager, mixer les cultures, décrocher la direction artistique d’une marque indienne. Chercher l’inspiration, trouver une thématique, dessiner une collection. Vingt cinq robes, huit vestes, trois pantalons et douze blouses plus tard être félicitée, plébiscitée par les acheteurs, devoir dessiner la prochaine saison et là, sans préavis, ne plus rien avoir à dire. Le néant.  Au point de devoir démissionner.

Chercher une recette de grand-mère pour soigner un rhume, un miracle. Avoir envie d’aller plus loin, lire vingt trois livres sur les remèdes naturels. Expérimenter, être fascinée par la facilité avec laquelle on peut guérir de tout. Découvrir la nourriture saine et son pouvoir étonnant. Arrêter la viande. Les produits laitiers. Evangéliser. Guérir les proches, les amis. Entamer une formation, obtenir un diplôme, m’installer comme naturopathe. Commencer à avoir une petite clientèle, des proches, des moins proches, des inconnus, le bouche à oreilles. Et au énième “J’ai mal au ventre” avoir envie de jeter les 143 huiles essentielles et 7890 pages de solutions à tout par la fenêtre. Ne pas le faire. Terminer douloureusement la consultation. Ne plus répondre aux sollicitations. Annuler tous les rendez-vous. Ne plus soigner personne.

Ouvrir un grand questionnement sur la vie, l’orientation, le sens à lui donner. Lire des livres de coaching, d’hypnose de thérapies en tout genre, dévorer toute la section psychologie de la bibliothèque en quelques mois, suivre une formation de coaching, des mooc sur le sens de la vie, l’accompagnement thérapeutique, passer le diplôme d’hypnothérapeute, devenir coach certifiée. Expérimenter toutes les formes de thérapies, voir des énergéticiennes, des coachs, des psy, suivre des cercles de constellations familiales. Avoir mes premiers clients, des retours cinq étoiles sur le meilleur site de développement personnel parisien. Décrocher un contrat pour créer une méthode pour donner du sens à sa vie, « Mon programme Ikigai », livre traduit en 7 langues. Prendre du recul, me remettre en question, est ce vraiment la bonne voie ?

Choc écologique, tout mettre entre parenthèses, avoir envie de faire ma part du boulot, militer, réfléchir à des solutions, vouloir réparer là où j’ai l’impression d’avoir pêché : la mode, lancer un groupe sur la thématique de la « Garde robe capsule » et proposer à des centaines de femmes de trouver leur style pour consommer moins et mieux. Sortir une BD sur la déconsommation « Slow conso » et un livre sur le minimalisme vestimentaire « Ma Garde-robe Capsule » avec Violette Sauvage chez Larousse. Proposer des coaching autour du minimalisme, du tri, de la déconsommation.

Puis revenir à ce que j’aime le plus : explorer les mondes intérieurs en me formant à la sylvothérapie et au chamanisme. Approfondir ma proposition de soins, oser me présenter comme thérapeute, me lancer dans les cours de méditation, l’hypnose collective et individuelle, l’accompagnement thérapeutique à ma manière. Continuer à écrire toujours sur des sujets différents autour du bien être et créer des soins et des rituels pour des hôtels. Toujours faire plein de choses en même temps et l’assumer.

Voilà où j’en suis aujourd’hui. Multipotentialiste, hypersensible, amoureuse de la nature, introvertie et zen j’ai redéfini mes priorités et trouvé mon équilibre, ma façon personnelle de mener les consultations, d’équilibrer mes journées entre temps sociables et temps grotte, accepter d’avoir un univers à part et qui continue de s’enrichir de jour en jour.

 

 

Zébre, qu’est ce que c’est ?

Je suis un zèbre. Un profil haut potentiel.

On vient de m’expliquer que je fonctionne en arborescence contrairement à la majorité des gens dont la réflexion se fait de façon linéaire. Cela ne veut pas dire que je suis plus intelligente, juste que ma façon de réfléchir est différente.

Ça fait peur, ce « coming out intellectuel », quatre fois que j’enregistre en brouillon, efface, reprends cet article. Le mois dernier j’ai passé le test de douance pour adultes, le Wais, et je me dis que si ce petit compte-rendu de mon expérience peut permettre à certains hésitants de sauter le pas, ça vaut le coup d’être raconté.

Des années que mes amis, les coachs et thérapeutes que j’ai rencontré ou consulté me disent plus ou moins clairement, plus ou moins directement que je devrais regarder ce type de profils, que je devrais me faire tester. Au début je n’y prêtais aucun crédit. Haut potentiel moi ? Pff n’importe quoi je n’ai même pas fait d’études brillantes. La multiplication des « Tiens j’ai pensé à toi » + lien vers des descriptions de haut potentiel, des « C’est tellement évident », a commencé à m’interroger. J’ai lu le livre de Christel Petitcolin « Je pense trop » et me suis reconnue à chaque ligne. Puis j’en ai parlé à des gens qui m’ont dit que n’importe qui pourrait s’y reconnaître, comme dans un thème astral, alors je me suis dit que je ferais mieux de me concentrer sur autre chose. Puis c’est revenu dans ma vie, une amie m’a dit que je devrais le faire pour mes enfants, pour être préparée au cas où car les chiens ne font pas des chats.

Le mois dernier après beaucoup d’hésitations, n’en pouvant plus de m’interroger : un matin en être persuadée, le lendemain me dire que c’est improbable, j’ai eu envie d’en avoir le cœur net. Alors j’ai pris rendez-vous avec une psychologue spécialiste de la douance qui fait passer le fameux WAIS. J’ai failli annuler maintes fois ce rendez-vous. C’est dur de se confronter à la réalité. Ai-je vraiment une différence qui justifie mes errances ou est ce simplement dans ma tête ?

Le matin du test je n’en menais pas large. Heureusement je suis tombée sur une vraie pro. Douce, positive, elle a su m’écouter et m’encourager. Le test m’a semblé tantôt ridiculement facile, tantôt fatiguant, et globalement un peu agaçant. Ranger des cubes, répondre à des questions, retenir des suites de chiffres, rien de bien passionnant et pourtant c’est fou ce que cela peut révéler.

Selon la psychologue, je suis la reine de la débrouille, du bricolage, je n’ai aucune organisation mais j’arrive toujours à tirer mon épingle du jeu. Je pensais repartir avec un bête chiffre, décevant ou impressionnant, je suis sortie de là avec une connaissance de mon cerveau stupéfiante. Et bizarrement sans chiffre. Non je n’épaterai pas la galerie avec mon super QI car en réalité mon haut potentiel explose dans certains domaines, et rejoint la norme dans d’autres. Si je suis très douée pour les mots – j’ai bien choisi mon métier – et la visualisation dans l’espace – d’où mon attirance pour les arts, je le suis moins pour la vitesse de traitement – d’où mon amour de l’Inde où tout le monde est au ralenti.

Au final savoir ce qui est facile pour moi, ce qui représente un défi et comprendre les coulisses de mes épopées un peu à part a été libérateur. C’est un grand pas pour accepter ce que je suis : une touche à tout qui aime la liberté et la nouveauté.

Ce cadeau de la douance vient avec des petites choses un peu moins drôles, je suis hypersensible et sujette à de légers troubles de l’attention. Je comprends enfin pourquoi j’oublie ce que je suis sortie acheter une fois dehors, pourquoi après deux minutes, je ne sais déjà plus le prénom des gens qu’on vient de me présenter,  pourquoi je zappe les dates d’anniversaires et les rendez-vous. A la lumière de ces indications je sais mieux comment me protéger, je connais mes points faibles. En bref, si vous hésitez à faire ce test, allez-y, quelque soit le résultat vous vous comprendrez mieux, vous accepterez d’avantage et vous y verrez beaucoup plus clair.