Fausse piste

Envie de partager avec vous le début d’une autofiction
 
« Mon bébé est mort. Je n’ai pas le droit d’être triste, ni de prononcer cette phrase, ce n’était qu’un embryon, même pas un foetus, rien du tout. Un coeur qui bat depuis si peu de temps, pour mon gynécologue ça ne compte pas. A partir de combien estime-t-on la vie ? La question que je n’ose pas poser à ce type en blouse blanche qui a l’air d’avoir d’autres chats à fouetter. Même l’unité de mesure m’échappe, est ce une question de centimètres ? De nombre de battements ? De jours ? A partir de combien de quoi est ce que j’ai le droit de m’effondrer ? Au stade où nous en sommes, un peu moins de cinq semaines et six millimètres, j’ai bien compris que je dois faire bonne figure, ravaler mes larmes et penser à celles pour qui c’est bien pire, ce n’est qu’une fausse couche classique de début de grossesse, pas de quoi en faire un roman. Qui suis je pour me lamenter quand des femmes accouchent d’un bébé mort né ? Et les victimes de la mort subite du nourrisson, comment pourrais-je leur faire l’affront de me sentir en deuil ? Alors je me tais. Le gynécologue me croit résignée et pense enfoncer le clou en affirmant que souvent, c’est le corps qui rejette l’oeuf car il a une malformation, un problème, il n’est pas conforme, aurais-je voulu un bébé difforme ? En mauvaise santé ? Je ne suis pas capable de répondre à cette question. Je pense aux choix de Pierre Palmade. « Tu préfères, à vie, avoir des dents en bois ou une jambe en mousse ? » Tu préfères un embryon mort ou un bébé en vie mais malade ? Mon propre corps a semble-t-il déjà choisi, sans me demander mon opinion. Plus personne ne me demande mon avis, ma chair n’est plus mienne, elle appartenait à une forme de vie qui a renoncé. Est ce que je souhaite avaler des cachets ou attendre que la nature fasse son travail ? Le docteur Giron a décidé que cet accident de parcours devait dégager fissa. Fin du bail, rendez les tubes, vous êtes l’embryon faible, au revoir. Je gobe les pilules blanches mais pas le discours. Ce n’est pas mon organisme qui a rejeté cet enfant, c’est cette crevette au coeur qui battait encore hier qui a cessé de m’accompagner. Il n’a pas voulu de moi comme génitrice. Il a dû sentir que j’étais trop abîmée, trop étriquée, allez savoir ce qui l’a fait fuir, ce ne sont pas les raisons qui manquent, mauvaise mère de mère en fille depuis des générations ça en ferait abandonner plus d’un. Son coeur battait et il s’est arrêté. Il est parti. En miettes, enfin en caillots de sang sous la douche. Mon coeur en pièces détachées, qui va le réparer ? Me rafistoler ? C’est idiot, mais je m’étais attachée. Je croyais en notre histoire comme à un amour d’adolescente, quand on pense que c’est pour la vie alors que ça n’a commencé que depuis dix minutes, un baiser échangé furtivement, la claque de la rupture qui fait sourire les grands. J’étais au courant de son existence depuis quarante huit heures, je m’étais habituée. Je pensais que comme tous les enfants, il serait neuf mois en moi, puis une partie de la vie avec moi. Que je ne serais plus seule. J’avais trouvé un sens à ma vie. Je me voyais déjà l’exhibant à travers mon ventre lors d’une “baby shower” comme dans les séries américaines que je regarde trop, on nous couvrirait de fleurs, de cadeaux et de compliments dans une déferlante d’hypocrisie délicieuse et de sucreries roses et nacrées. Au lieu de ça la douche froide, le sang noir, l’absence glacée. J’avais élaboré mille plans, où est ce que j’allais me fournir en fraises, en chocolat, en jus de raisin, comment je posterais sur les réseaux sociaux son profil en noir et blanc raflant les like et les commentaires attendris. Mon ventre restera au stade du couscous mal digéré, personne ne s’en émerveillera, je ne recevrai ni bavoir lapin ni coussin nuage, ni autre forme de récompense, mon bébé trophée ne naîtra pas en janvier, nous sommes en mai, il ne fait même pas la taille d’une médaille, à peine celle d’un pépin de raisin et il n’existe déjà plus, les conventions de Genève et autres règles de bienséance m’interdisent le deuil, je ne suis plus une jeune maman en devenir, je suis une trentenaire de la tranche supérieure qui n’a pas encore procréé, les ovocytes en chute libre. Ce n’est que partie remise prétendent les professionnels, les mêmes qui disaient encore hier que cet embryon se portait à merveille. »

 

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Neige

Quand tout le monde se précipite au ski, je vous dévoile un texte un peu en décalage qui fait partie d’un roman que je suis en train d’écrire :

Alors on prend un car. Un véhicule qui me donne déjà la nausée en plein Paris. Et on se lance sur des chemins sinueux pour voir. C’est tout vu. Je suis malade. Jeanne vomit. Alexandra aussi. Je vomis, tu vomis, nous vomissons. La conjugaison du verbe vomir est maîtrisée pour une bonne moitié de la classe. L’autre a arrêté de respirer. L’animateur tente de changer de sujet, ou plutôt de verbe et chante des chansons ridicules dont tout le monde semble connaître les paroles. Fermer les narines, me boucher les oreilles, oublier le goût métallique sur ma langue, ignorer mon reflet sur la vitre. Me concentrer sur la route la plus répétitive du monde : des arbres plus blancs que blanc, des virages en épingle, des arbres blancs, un virage, des arbres blancs, un virage, encore et encore.

Quand je crois que la torture s’arrête enfin, en réalité elle ne fait que commencer. A la sortie du car, le froid me gifle et un coup d’oeil autour de moi m’indique qu’il a déjà gagné. Je ne peux rien contre lui, et il ne compte pas se calmer, bien au contraire. Mes bottines glissent, les chaussures des autres semblent adhérer à la neige. Je ne trouve plus mon bonnet et découvre un trou dans un de mes gants magiques en laine déjà humides. On entre dans un couloir lugubre qui me fait penser aux vestiaires du stade. Ça doit être l’odeur de chaussette mouillée. Oui c’est ça. Et de transpiration. Pas celle de l’effort, non pire, celle du Damart trop serré. Bien sûr personne ne me choisit pour partager sa chambre. Je me retrouve dans la dernière, près des toilettes avec celles que personne n’a réclamé. Camille qui perd des petits bouts de peau blanc dégoûtants, Marie qui pleure et cafte tout le temps et Isabelle qui dégage une odeur proche du lait caillé. Je ne partage pas l’euphorie générale à la distribution du marshmallow grillé de bienvenue. Ce machin flasque et brûlant qui sent le sucre brûlé m’inspire la plus haute méfiance. L’annonce des activités du lendemain : ski, tartiflette, ski, spectacle de clown, me donne comme une soudaine envie de rentrer à Paris en courant. Les ronflements de Marie couplés à mon inquiétude font de ma nuit un étrange mélange d’insomnie et de suite de visions d’horreur. Moi sur des skis, moi avec un masque de ski, moi faisant un bonhomme de neige avec mes gants trempés, moi de retour à Paris avec la trace blanche du masque de ski sur mon visage bronzé. On nous réveille d’un strident “A table dans dix minutes !”. Les douches sursaturées, sales et glacées ne me disent rien. J’enfile un collant rose, un sous pull violet, une combinaison verte qui brille comme un sac poubelle et mes bottines glissantes. J’ai un mal fou à descendre l’escalier métallique qui mène au petit déjeuner, mais mon envie de croissant chaud me rend très agile. Assise sur un banc dur on me sert un breuvage beige tiède, un paquet de biscottes sous plastique et un pot individuel de confiture rouge fluo. Une demi biscotte dans le ventre, j’entends :

“Tous à l’essayage !”

On fait la queue deux par deux, donc seule. Quand j’arrive devant la grosse dame énervée qui distribue les bottes oranges en plastique, il n’y a plus ma taille. J’échange quand même mes patins en daim contre des pieds de Playmobil géant. Elle serre tellement les attaches métalliques que je ne peux plus les ouvrir moi même. Aucune importance m’informe ma maîtresse, je n’aurai pas besoin de me déchausser avant notre retour à dix-huit heures. Je regarde ma montre, il n’est pas encore huit heures. La perspective de passer plus de dix heures dans le froid avec ces choses moches et inconfortables aux pieds me mine. Je crois que je préférerais encore subir un contrôle de maths. Ou même passer la journée chez le dentiste. J’avance comme je peux pour qu’on me donne des skis. On me mesure et me tend d’immenses planches qui pèsent au moins la moitié de mon poids et me dépassent d’une tête. Avançant péniblement je dois choisir mon groupe.

“Tu en as déjà fait ?”

Ma réponse négative semble étonner la dame.

“Jamais, jamais, tu as bien sept ans comme les autres ?”

Je n’avais même pas imaginé que certains avaient déjà subi cette torture y revenant volontiers. pense-je en acquiessant.

“Tes parents ne t’emmènent pas en vacances l’hiver?” me demande-t-elle avec un regard de pitié.

“Euh, si mais les vacances de février, c’est la piscine en Floride, non ?” La pitié mue en haine.

Il semblerait que la bienséance veuille que l’hiver, tout le monde aille à la montagne pour glisser sur des planches trop lourdes qu’on s’attache difficilement aux pieds. Pour moi le mot vacances est synonyme d’avion, chaleur, plage, piscine, maillot de bain Minnie, tongs roses à paillettes et room service. A la rigueur ski nautique. Ici breuvage beige, neige, froid, puanteur et bottes orange. Le lien ne se fait pas dans mon cerveau.

“Ok René on a une débutante, douze flocons et quinze étoiles”

“Oh ben je prends la débutante avec les flocons hein, on ne va pas créer un groupe pour elle toute seule”

Je mets bien un quart d’heure à comprendre comment attacher les skis aux chaussures, puis encore dix minutes à trouver mes gants, mon bonnet, mon masque, mon stick à lèvres, ma crème solaire, mon forfait et tout mettre en place dans le bon ordre.

“Alors c’est facile, tu te laisses glisser et quand tu veux ralentir tu fais un triangle avec tes skis”

Je m’exécute et me retrouve la tête la première dans la neige sous les rires des flocons. Je me relève. Retombe. Me relève et glisse jusqu’à un petit tas de neige qui m’arrête. Reprend. Je valdingue tellement que ça ne fait plus rire personne.

“Tourne à droite, non, l’autre droite !”

Je mets environ quinze secondes à différencier la droite de la gauche, il faut que je trouve la main qui écrit. C’est douze de trop pour le ski. Je m’assied, vraiment, sur le tire-fesses et en tombe au premier virage. Je me détend un peu sur le remonte pente et oublie d’en descendre, c’est parti pour un tour de manège. Je me souviens de ma promesse de faire des photos pour mes parents, je sors l’appareil de ma poche, l’objectif est en miettes. Il n’y aura pas de preuves de mon incompétence, ni de souvenirs de ce cauchemar, c’est déjà ça. Je passe la matinée à rouler dans la neige, à frissonner, à avoir peur de perdre le groupe et à faire des efforts considérables pour comprendre ce que le type au bonnet rouge attend de moi.

Quand ça s’arrête enfin, nous nous installons sur une grande table en bois pour déjeuner, à l’extérieur. Par moins dix. Sont ils fous, irresponsables ou sadiques ? Vous avez vingt minutes. On mange un genre de plastique beige tiède et filandreux parsemé de morceaux de viande très salée et de bouts de pommes de terre trop cuites. Il faut déjà repartir. Epuisée je double mon record de chutes à l’heure, je rentre trempée, frigorifiée et pleine de bleus.

Le troisième jour on nous accorde un coup de fil. Comme une victime d’enlèvement, j’essaie derrière un discours en apparence rassurant de faire comprendre à mon père qu’il faut qu’il vienne me délivrer sur le champ. J’exagère mon enthousiasme. Je dis des choses qui ne me ressemblent pas du tout comme “J’ai adoré le spectacle de clown, j’ai applaudi debout sur ma chaise” ou “J’ai chanté à tue tête dans le car avec les copines”. Malgré mes efforts, comme nous ne sommes pas dans un films de kidnapping, il ne comprend rien à mon message codé et raccroche ravi d’entendre que je m’amuse comme une folle et que je suis si bien entourée.

L’avant dernier jour, je réalise que personne ne viendra me chercher, je suis au bout, je tombe encore, je perds le groupe, je perds un ski sur le remonte pente, je craque. J’enlève mon deuxième ski que j’abandonne lâchement en plein milieu de la piste verte, je me laisse glisser sur les fesses jusqu’à rejoindre la station et je marche en canard boiteux jusqu’à la route. A côté des télésièges, un hôtel. Le Chamois d’Or, « Small Luxury Hôtels ». Je connais ce logo. Il est synonyme de calme, de serveurs adorables et de concierge aux petits soins. J’entre en pleurant. J’explique au monsieur derrière le comptoir que j’ai perdu mon groupe. Que je ne sais pas où aller. Même si je sais très bien que l’affreux dortoir est un peu plus loin dans la rue à gauche. Ou à droite peut être. On m’installe dans un gros fauteuil mou au coin du feu qui pépite. On me donne du papier, des crayons de couleur, des livres, et un vrai chocolat chaud. Je savais que j’avais frappé à la bonne porte, celle du bonheur.

C’est mon premier !

On m’a demandé depuis quand j’écris. Je n’ai pas su répondre. Peut être depuis que je sais former des lettres et composer des phrases ? Un peu ridicule et finalement assez prétentieux. Quand est ce que j’ai réalisé que j’écrivais est peut être la question à laquelle répondre. Là encore je ne sais pas. Au lycée mon écriture m’a permis de me sortir de contrôles surprises où mes connaissances n’étaient pas à la hauteur, c’est là que j’ai pris conscience que mes mots avaient le pouvoir de faire oublier, d’embuer, d’emmener ailleurs, au moins mes professeurs. Alors j’ai écrit, à la fac, puis très vite des interventions à l’antenne pour la radio, des articles pour la presse féminine, des guides pratiques, des posts de blog. J’ai écrit sans oser me lancer. Sans tenter quoi que ce soit d’un peu personnel. Jusqu’au jour où j’ai compris que je ne serais jamais heureuse si je n’essayais pas. Alors je me suis rendue dans un atelier d’écriture, et pour la première fois j’ai vraiment tenté l’expérience de la page blanche, la vraie. Par chance je suis tombée sur un écrivain extraordinaire qui m’a comprise et encouragée. Qui a vu derrière mes figures de style maladroites le potentiel, la possibilité d’un livre. Grâce à ses remarques je me suis lancée, j’ai écrit un roman, raconté à ma façon des moments très intimes, je me suis sentie nue, démunie. Surtout quand, malgré les réactions positives d’autres animateurs d’ateliers et écrivains reconnus, en dépit des remarques prometteuses de mes proches, j’ai commencé à recevoir des lettres de refus. Pour ne pas me décourager je suis remontée à la source : pourquoi est ce que j’ai voulu écrire ? Quand s’est produit le déclic ? J’en ai parlé avec une éditrice avec qui je voyageais en train pour me rendre à une signature pour mon dernier guide de développement personnel, elle a aimé mon histoire au point qu’elle m’a proposé de l’écrire. Ecrire en sachant que j’allais être lue, c’est tout à fait différent. Oser me dévoiler, raconter mes moments absurdes, mes doutes, mes faux pas. Ce premier roman édité qui techniquement est mon deuxième, sortira le 6 février. Il s’appelle « Va vers ta peur », c’est Marabout qui a cru en moi, pas Gallimard ni Grasset, certains diront que ça n’est pas vraiment de la littérature, d’autres que ce n’est pas tout à fait un récit, ou bien peut être personne n’en dira rien. Tout ce que je sais c’est qu’il est né de mon envie d’encourager chacun à se lancer, vivre ses envies et lâcher ses idées reçues.

Défi un an sans « rien de neuf »

Depuis janvier je me suis lancé le défi de ne rien acheter de neuf pour des raisons écologiques et minimalistes.

Je n’en ai pas parlé tout de suite car honnêtement je ne pensais pas en être capable et j’avais peur de me ridiculiser en craquant une semaine plus tard.
Sept mois après avoir commencé j’ai craqué 5 fois ce que je trouve assez inespéré même si ça n’est pas parfait. J’ai envie de vous livrer un petit bilan de cette expérience que je vais continuer.
Le principe :
J’ai fait mon dernier achat neuf le premier jour des soldes d’hiver en janvier dernier : deux pulls et un gilet.
Depuis je mixe ressourceries, textilerie, emmaüs, dépôt vente, brocantes, braderies, etc que ce soit pour mes vêtements, ceux des enfants, les objets du quotidien et autre.
Mes craquages :
1.En mars, ne trouvant pas de moule à madeleines pendant plus de quinze jours de recherches j’ai dû en prendre un chez Monoprix car mon fils me réclamait des madeleines tous les jours.
 2.En mai, aux soldes de presse Antik Batik où j’ai été pour une amie je n’ai pas pu résister à un top que j’avais déjà par le passé mais qu’un voyage en Inde avait achevé, ultra bradé.
3.En avril un bateau en bois pour l’anniversaire d’un copain de crèche de mon fils par manque de temps pour chiner (invitation de dernière minute)
4. En juillet un livre pour le travail que je n’arrivais pas à trouver d’occasion.
5. En juillet aussi, une paire de sandales neuves car soldée elle était au même prix que celles que j’avais repérées sur vinted et la couleur me plaisait plus j’ai un peu honte car j’aurais pu éviter mais je les adore.
Mes meilleures trouvailles :
1. Un manteau Balmain des années 60 magnifique pile dans mon style et mes couleurs à 10 euros
2. Des mocassins minnetonka un peu chic avec des perles plus travaillées pour 35 euros comme neuves que je porte presque tous les jours
Mes difficultés :
Là où j’ai le plus de mal c’est pour les cadeaux, j’ai l’impression qu’offrir une petite chose chinée vexe parfois certaines personnes et me fait passer pour une radine alors que je trouve des merveilles (robe Bonpoint, veste Dior, etc) que je n’aurais pas pu offrir autrement. Après le fait que la personne ne puisse pas changer complexifie… Et l’immatériel ce n’est pas toujours évident surtout quand c’est quelqu’un qui n’est pas si proche ou un enfant.
Les points positifs :
Je trouve des merveilles, je fais des économies, je prends plus de plaisir à chiner qu’à faire du shopping que j’ai toujours détesté (musique forte dans les boutiques, lumière violente, trop de monde, trop de choses, vendeuses pas sympa ou envahissantes etc) je me sens investie dans une démarche hyper positive, je me sens plus alignée avec mes convictions.
Conclusion :
Je continue et je ne pense pas revenir en arrière même à la fin des 12 mois, peut être de temps en temps pour un cadeau ou des choses difficiles à trouver d’occasion comme la lingerie, les chaussettes et les chaussures mais je garderai toujours le réflexe de regarder en premier la seconde main.
Qui fait ça aussi ? J’aimerais bien vous lire !

Numéro 679

Un peu plus d’une semaine que j’ai terminé mon roman. Ecrit le mot « fin ». Je pensais avoir fait le plus dur. Avoir mis derrière moi les doutes, les remises en question, le ping-pong sans fin du « Suis-je légitime ou pas ? ». Erreur.

C’est écrit, maintenant il faut que ce soit lu. Pour ça il n’y a pas trente six chemins : j’envoie mon manuscrit aux éditeurs. Jusque là pas de souci, une liste de ceux qui me semblent correspondre, des lettres d’accompagnement personnalisées, dix exemplaires reliés imprimés en Garamond 12 interligne double, dix enveloppes, dix timbres, une petite prière et hop, c’est parti.

Pour être sûre qu’il soit bien lu je l’envoie aussi à mes contacts qui touchent de près ou de loin le monde de l’édition, aux auteurs dont j’admire le travail, à ceux qui m’ont aidée, guidée, à ceux qui me promettent de le faire suivre à quelqu’un qui.

Et maintenant ? Moi qui n’ai aucune patience. Moi qui déteste les files d’attente, les numéros que l’on prend dans les administrations. Moi qui m’arrange toujours pour ne pas avoir à faire la queue. J’attends. Religieusement. Je ne sais pas exactement quoi : un signe ? Un appel ? Un commentaire ? Un feu vert ? Un contrat ? Un à-valoir ? Des louanges ? Des critiques ? N’importe quoi. De l’action. Du répondant. Un message de l’univers. Qu’il se passe quelque chose. J’ai lancé ma bouteille à la mer, la balle est dans leur camp. J’espère. Je patiente. Je me languis. Je suis à l’affut. Je guette. Je poireaute. Je fais le pied de grue. Je me morfonds. Anne, ma sœur Anne ne vois tu rien venir ?

 

Ateliers addict

En avril dernier je me balade de lien en lien et je tombe sur un texte de François Meyronnis qui m’interpelle : Il raconte le paradoxe auquel il a du faire face en écrivant son roman « Tout autre », celui de la difficulté à décrire son étrangeté dans une langue qui parle à tous.  Moi qui me suis toujours sentie à côté de la plaque, ça m’interpelle. Je m’aperçois que ce texte est la présentation d’un atelier d’écriture proposé par » Les Mots ». L’atelier est toujours d’actualité puisqu’il commence trois jours plus tard et par miracle il n’est pas complet.  Je ne me méfie pas, je m’inscris. Beaucoup par curiosité,, un peu pour changer d’air, je commence à me lasser du milieu du feel good, coachs du bonheur, profs de yoga et autres naturopathes, je les adore mais j’ai besoin de littérature, de gens un peu torturés, de fréquenter des personnes en quête de quelque chose d’indéfinissable.

Je lis Meyronnis quelques jours avant l’atelier, je me prends de passion pour « Tout autre » et j’ai peur. Cet écrivain publié chez Gallimard, cet homme à la plume acerbe qui trouve sans cesse le mot juste va me donner son avis sur mes textes. Moi qui n’ai encore rien écrit de « littéraire ». Vais-je être ridicule ? Va-t-on se moquer de moi ? Vais-je simplement pouvoir écrire quoi que ce soit ? Dès le premier rendez-vous je suis rassurée. Non seulement sa proposition est incroyablement inspirante mais en plus il adore mon texte. Mon tout premier.  Je suis donc capable d’écrire autre chose qu’un guide pratique ou un article de blog. Bonne nouvelle. Chacune des sessions me permet de produire un texte, d’en tester les effets sur le groupe et avoir un retour de cet écrivain que j’admire, moments précieux.

En novembre, je prends une place pour l’atelier de Diane Brasseur, il me faut une femme pour pouvoir m’identifier. Une femme d’un âge proche du mien pour réaliser que c’est possible. Diane me montre la voie de la simplicité, m’apprends à épurer mes textes, ne dire que l’essentiel.  A ses côtés je fais des pas de géant.

En parallèle je suis l’atelier de Yannick Haenel qui propose de voir l’écriture comme un voyage initiatique, comment résister ? Il ne me reste plus qu’une séance avec lui la semaine prochaine, je ne sais pas comment je vais me remettre de cet arrêt, comment je vais me passer de ces moments de grâce où il nous lit un passage de roman qui l’inspire, une lettre dans une correspondance qu’il chérit.

Consciente de mon addiction mais incapable de me sevrer pour le moment, je commence l’atelier de Chloé Delaume sur l’autofiction vendredi et j’ai peur comme si c’était le tout premier. C’est grave doc ?

 

Spirale des jobs

Ça recommence, je remets tout en question juste au moment où mes efforts auraient enfin pu être récompensés. La spirale infernale se remet en place. Découverte, fusion totale : plus rien d’autre n’existe, passion absolue :  seul mon sujet a du sens, et d’un seul coup, sans prévenir, au détour d’une phrase, d’une virgule, d’une réflexion anodine, plus rien : l’ennui. Le vide.

Je reprends la main, m’interroge, virevolte, touche à tout jusqu’à être à nouveau happée dans une obsession éphémère qui se transforme en métier puis en désamour, c’est la loi.

Découvrir internet, ouvrir un blog pour voir. Y aller chaque jour raconter des histoires. Rencontrer des lecteurs. De plus en plus de lecteurs. Adorer ça. Vouloir tout maîtriser, apprendre le langage CSS pour pouvoir changer le design seule, apprendre le HTML pour ajouter des fonctionnalités. Rêver un instant de devenir développeur. Taper des chiffres et des lettres et faire apparaître des images. Magie. Ecrire des textes et obtenir des milliers de commentaires. Avoir un avis décalé et m’apercevoir que beaucoup le partagent. Un soir les yeux ne brillent plus mais piquent, les idées ne fusent plus, la page restera blanche.

Voir des polaroïds, trouver un vieil appareil et devenir photographe, suivre les fashion-week, vendre mes images à des magazines, être exposée, faire des petites photos carrées chaque jour, chaque minute, chaque seconde, ne parler que de ça, ne lire que sur les techniques, les artistes, ne regarder qu’à travers ma collection d’appareils, réussir la prouesse d’en vivre, et ce soir là, en feuilletant un magazine, dans un battement de cil ne plus ressentir aucun frisson. Aller à reculons aux shootings, faire échouer les opportunités, ne plus avoir d’envie du tout.

Un accident, opération du nez, rhinoplastie, le déclic. Interviewer des chirurgiens, des patients, me poser des questions éthiques et philosophiques sur la chirurgie esthétique, lire toutes les publications possibles, écrire un livre sur la rhinoplastie. Décrocher des piges dans la presse beauté. Découvrir les chercheurs, leur course à l’éternelle jeunesse, trouver tout ça fascinant. Un matin ouvrir l’oeil et savoir que tout est fini. Etre incapable de terminer ce papier sur les bonnes et les mauvaises raisons de se faire opérer. Vouloir disparaître. Prendre un avion Le faire.

Dessiner une robe, ouvrir un livre technique, retravailler le dessin, me fasciner pour le tomber qui varie en fonction des plis au millimètre près. Dessiner du matin au soir, remplir des centaines de carnets, lire, rencontrer des créateurs, absorber des informations techniques jusqu’à plus soif. Voyager, mixer les cultures, décrocher la direction artistique d’une marque indienne. Chercher l’inspiration, trouver une thématique, dessiner une collection. Vingt cinq robes, huit vestes, trois pantalons et douze blouses plus tard être félicitée, plébiscitée par les acheteurs, devoir dessiner la prochaine saison et là, sans préavis, ne plus rien avoir à dire. Le néant.  Au point de devoir démissionner.

Ouvrir un grand questionnement sur la vie, l’orientation, le sens à lui donner. Lire des livres de coaching, d’hypnose de thérapies en tout genre, dévorer toute la section psychologie de la bibliothèque en quelques mois, suivre une formation de coaching, des mooc sur le sens de la vie, l’accompagnement thérapeutique, passer le diplôme d’hypnothérapeute, devenir coach certifiée. Expérimenter toutes les formes de thérapies, voir des énergéticiennes, des coachs, des psy, suivre des cercles de constellations familiales. Avoir mes premiers clients, des retours cinq étoiles sur le meilleur site de développement personnel parisien. Décrocher un contrat pour créer une méthode pour donner du sens à sa vie. Me sentir débordée, désemparée, me dire qu’écrire permet de toucher plus de monde, lâcher les consultations.

Chercher une recette de grand-mère pour soigner un rhume, un miracle. Avoir envie d’aller plus loin, lire vingt trois livres sur les remèdes naturels. Expérimenter, être fascinée par la facilité avec laquelle on peut guérir de tout. Découvrir la nourriture saine et son pouvoir étonnant. Arrêter la viande. Les produits laitiers. Evangéliser. Guérir les proches, les amis. Entamer une formation, obtenir un diplôme, m’installer comme naturopathe. Commencer à avoir une petite clientèle, des proches, des moins proches, des inconnus, le bouche à oreilles. Et au énième “J’ai mal au ventre” avoir envie de jeter les 143 huiles essentielles et 7890 pages de solutions à tout par la fenêtre. Ne pas le faire. Terminer douloureusement la consultation. Ne plus répondre aux sollicitations. Annuler tous les rendez-vous. Ne plus soigner personne.

Sujets éparses sans lien évident. J’en passe et des moins bons. Spirale infernale dévorant ma vie. Décider de m’arrêter. Sortir de la zone de l’éternel recommencement. Ne plus m’intéresser à rien. Faire le vide. Laisser de l’espace. Juste vivre. Comme une junkie je cherche un nouveau sujet. Les symptômes sont violents : Ennui mortel, impression d’inutilité, de vacuité. Non, je ne replongerai pas. Laisser enfin la place à la seule chose qui compte : écrire.

Ecrire libérée de tout sujet. Sans intention particulière. Lâcher prise. Laisser le stylo glisser sur le papier. Les mots s’inscrire, le clavier s’animer. Ecrire comme je respire, sans m’étouffer d’expériences et de sciences dissonantes. Libérer cette plume et transformer son griffonnement malhabile en bruissement d’ailes. Non en vrombissement de moteur. En signal de départ. En point d’ouverture. Mieux, en ligne d’horizon.

Comment réussir ce prodige ? Commencer enfin mon roman.